# SYRIA COMMITTEES/ TEMPÊTE DE L’ARMEE ARABE SYRIENNE, RETRAITE MASSIVE DE DAESH & LE DANGER TURC QUI MONTE EN PUISSANCE

Palmyre 2017

Par Fabrice Beaur (Фабрис Бэор), 05.03.2017, 16h00, heure de Moscou/
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Depuis notre dernier compte-rendu de la situation de la guerre anti-terroriste du gouvernement syrien et de ses alliés, il s’est passé énormément de choses sur le terrain.
Nous ne pouvons tout aborder en détails dans une version écrite telle que celle-ci (*) mais nous allons tâcher de vous livrer l’essentiel ici.

REGION ALEP (NORD & EST)

Depuis la libération d’Alep-Est des groupes terroristes par les forces gouvernementales syriennes, les cartes ont été rebattues non seulement dans le nord de la Syrie mais dans toute la Syrie.
La Turquie d’Erdogan qui affirmait sa volonté de « revenir » à Alep a dû revoir sa rhétorique agressive et néo-ottomane impérialiste. Les rapports assez froid entre Ankara et Washington depuis la tentative de Coup d’État en Turquie a permis à la Russie de faire venir la Turquie à la table des négociations.
Et quand bien même il n’y a pas d’accord officiel entre Moscou, Ankara et plus encore avec Damas, il n’empêche que sur le terrain cette entente a vue l’application des accommodations militaires tactiques.

La prise d’Al-Bab confirme l’accord circonstancié entre Moscou et Ankara : à la Turquie Al-Bab et Alep et son arrière-région aux forces gouvernementales syriennes.
Est-ce à dire que cela plaît à Damas. Evidemment non ! Mais nécessité faisant Loi, l’accord a été respecté jusqu’à ce point.
A Moscou, certains pensent que l’on peut s’entendre avec Erdogan (1) dans un jeu de revers avec les Etats-Unis alliés jusque-là ET avec Ankara ET avec les kurdes des YPG honnis d’Ankara.
Les YPG sont considérés comme une émanation du PKK, organisation terroriste non seulement pour la Turquie mais également pour l’Union européenne et même pour les Etats-Unis ; ce pourquoi en Syrie ils se nomment différemment, YPG au lieu de PKK.

Vous suivez ? Attendez car ça va se compliquer maintenant.
Car depuis quinze jours, la situation sur le terrain à évoluer tellement rapidement que les cartes sont en cours d’une redistribution. Essayez de suivre !

Si maintenant que la ville d’Al-Bab est sous le contrôle de la Turquie et de ses mercenaires islamistes, l’Armée arabe syrienne leur fait face directement. Des accrochages ont déjà eu lieu entre les forces syriennes et les forces turco-islamistes au sud d’Al-Bab et un peu plus à l’est.
Bien que décrite comme une victoire, la prise d’Al-Bab doit être remise dans son contexte et nous devons rappelez les faits bruts. Contexte : c’est bien Moscou qui a freiné Damas pour laisser le champs libre à Ankara selon les accords que nous vous avons précédemment expliqués. Les faits : ce sont près des centaines de mercenaires islamistes d’Ankara (400 au dernier décompte certifié), des dizaines de soldats turcs et du matériel divers (chars et blindés) qui sont morts et ont été détruits pour cette seule bataille d’Al-Bab.

Donc, revenons à nos moutons, enfin plus précisément à notre redistribution de cartes amorcées à partir de là.

L’objectif de Damas face à cette situation de fait est d’arriver le plus vite possible sur les rives de l’Euphrate afin de couper le chemin à ces mêmes forces turco-islamistes. Et pour le moment, l’Armée Arabe Syrienne a effectivement coupé la route à Ankara et poursuit son offensive contre Daesh pour atteindre les rives de l’Euphrate.

Al-Bab, loin d’être le marche-pied espéré par Erdogan pour aller à la conquête de Raqua, se trouve être une nasse, un cul-de-sac militaire puisque bloqué au sud par l’Armée arabe syrienne et à l’Est par les forces kurdo-arabes aidé jusque-là par les USA.
Nous avons pu voir, tour à tour, Erdogan réitérer son discours « guerrier » sur son intention d’aller libérer Raqua, et son premier-ministre comme son ministre des affaires étrangères enchaîner sur leur rhétorique diplomatique de ces derniers mois de « l’entente cordiale avec Moscou » et blabla …
Comme toujours, dès que le pouvoir islamiste de l’AKP au pouvoir en Turquie pense qu’une porte s’ouvre, son idéologie néo-ottomane impérialiste s’exprime brutalement via Erdogan. Mais quand les espoirs de l’instable Erdogan s’évanouissent aussi rapidement qu’ils sont apparus, c’est le gouvernement de l’AKP qui vient s’épancher en excuses diplomatiques. C’est bien rôdé maintenant. Et ça tourne à plein régime. Une dichotomie qui révèle une impulsivité dangereuse du pouvoir en place à Ankara.

MANBIJ

Donc pour « libérer Raqua », il ne reste à l’Armée turque et ses supplétifs qu’une seule alternative : se retourner contre la ville de Manbij pour y déloger les forces kurdes … soutenues par Washington … alliées d’Ankara dans le cadre de l’OTAN.
Et cela n’est pas qu’hypothèse mais bel et bien le plan d’Ankara. D’importants convois ferroviaires transportent actuellement vers la frontière syrienne de nombreux véhicules blindés et de chars de l’Armée turque.
Dans le même temps, ce sont des convois des forces spéciales US qui viennent de franchir l’Euphrate pour venir se positionner également autour de cette ville de Manbij dont il va falloir que vous reteniez le nom.
Et pour simplifier le tout, c’est au tour de l’Armée arabe syrienne de venir s’imbriquer plus encore dans cette région avec un accord qui semble-t-il a été passé entre Damas et les YPG. En effet, après la jonction des forces gouvernementales syriennes avec les zones kurdes du nord d’Alep, nous avons pu voir des convois de l’Armée arabe syrienne apporter nourriture, médicaments et munitions aux forces kurdo-arabes de la ville de Manbij. Mais ce n’est pas tout. Car cet accord voit actuellement les forces kurdes passer le flambeau à l’Armée arabe syrienne dans plusieurs villages … sur la ligne de front avec les forces turco-islamistes (2).

Nous sommes donc face à une situation explosive où Ankara se trouve face au sud (Alep) à un blocage par Moscou et à l’Est à une alliance de fait entre les kurdes des YPG et de l’Armée arabe syrienne pour contrer la future tentative de prise de la ville de Manbij.

Jusqu’à présent la position US restait floue depuis les élections. Mais les dernières déclarations de l’administration Trump sur le questionnement en cours du bien fondé d’une alliance avec Moscou dans la lutte contre le terrorisme en Syrie démontre pour qui veut l’entendre et le comprendre que là aussi Washington pense à revenir à une politique de confrontation ouverte avec Moscou.
Est-ce à dire que Washington va lâcher les kurdes pour soutenir Ankara pour établir pour les uns des « zones de sécurité au nord de la Syrie » et pour l’autre une « zone tampon » tout le long de sa frontière avec la Syrie ? Mais lâcher les kurdes des YPG serait remettre à la saint-glinglin la bataille pour Raqua. Et surtout laisser la voix totalement libre à Moscou et Damas qui s’y engouffraient immédiatement. On le voit bien, ici Washington est aussi le cul entre deux chaises et l’oblige de tergiverser sans cesse.

On parle, et avec raison, de l’objectif d’Ankara d’empêcher à tout prix la création d’un Kurdistan syrien autonome. Et soyons honnête de reconnaître que cela n’est pas une spécificité de l’AKP islamiste mais une préoccupation de toujours de l’État turc dont 25 % de la population est ethniquement kurde.
Mais cela cache aussi des raisons plus bassement économique pour ne pas dire mafieux. Car la Syrie est une vache à lait non seulement pour les réseaux mafieux mais aussi pour les ministres turcs qui en tirent les ficelles et en empochent les bénéfices … dont le beau-fils d’Erdogan. Les poursuites judiciaires contre plusieurs journalistes turcs en sont la raison. Protéger le pactole de la « Famille » Erdogan et autre AKPaistes aux dents longues.
Qui se souvient du pillage de toute la zone industrielle d’Alep par la Turquie ? Qui pensent encore au trafic de pétrole et de coton entre Daesh et la Turquie ? Car l’avancée des troupes syriennes a coupé le lien direct entre la Turquie et l’État islamique pourvoyeur en cela.

Voilà des réalités que les media occidentaux passent sous silence !
Voilà une complexité mouvante que peine à nous expliquer les « experts » (on ne rigole pas) des plateaux de télévision !
Manbij. Retenez bien le nom de cette ville, vous allez de plus en plus en entendre parler. Et vous comprendrez quand les media occidentaux en parleront ce qu’ils vous cachent et pourquoi.

Et quelle est la situation ailleurs en Syrie ?
Voici, la suite du compte-rendu que beaucoup me réclament.

ALEP

Oui, à Alep même ça bouge quelque peu.
Au Sud-ouest d’Alep, une offensive il y a plus de dix jours a permis à l’Armée arabe syrienne de reprendre position sur des zones d’avant l’offensive des groupes terroristes l’année dernière. Rien de bien important.
A l’Ouest d’Alep une autre offensive a eu lieu ces dernières 48 heures de la part des forces armées syriennes. Mais à l’heure d’aujourd’hui les lignes de front n’ont vraiment pas changé.
Pourtant, l’Armée arabe syrienne comptait avancer plus que cela en profitant des affrontements entre groupes terroristes à Idlib.

IDLIB

Depuis le lâchage d’Al-Nosra par la Turquie (suite aux accords avec Moscou), dans le sanctuaire islamiste d’Idlib nous assistons à une recomposition des alliances entre gangs et autres groupes terroristes. Et cela se passe par des affrontements armées entre-eux. Dans certaines zones d’Iblib, des groupes liés à Al-Qaïda sont défaits et beaucoup partent rejoindre à Raqua l’État islamique. Dans d’autres parties d’Idlib Al-Nosra tient le pavé et a formé avec d’autres groupes une nouvelle coalition … qui fait face à une autre coalition … islamiste mais officiellement non lié à Al-Qaïda et toujours soutenue par Ankara, elle.

Mais dans cette région se passe aussi des phénomènes surprenants aucunement relaté dans la presse « du monde libre » « et civilisé » rajouteraient nos fascistes au pouvoir à Kiev. Dans un village de cette région une manifestation de tout un village a eu lieu pour exiger le retrait de tous les hommes du gang islamiste de leur terre… avec des slogans pro-gouvernementaux et à la gloire de Bashar al-Assad. Il faut en avoir du courage pour s’opposer ouvertement aux gangs islamistes armés sans armes et en affirmant son soutien au gouvernement de la République arabe syrienne.

PALMYRE

Après leur offensive massive qui a vu l’Armée arabe syrienne et les forces russes reculer de 40 km plus à l’Ouest de Palmyre, l’État islamique n’a pas pu tenir les trois dernières semaines de contre-offensive gouvernementale avec le soutien de l’Armée de l’air russe.
Palmyre est officiellement libérée une deuxième fois depuis le 03 mars. Il reste encore à prendre toutes les hauteurs au nord de la ville et une position stratégique bien plus à l’Est pour en garantir sa totale sécurité.
Mais les destructions des infrastructures gazières par l’EI en retraite signifie qu’ils ne pensent pas pouvoir y revenir. La politique de la terre brûlée.
Daesh est donc dorénavant uniquement sur la défensive et n’espère plus de pouvoir mener des offensives comme celle de Palmyre il y a quelques mois déjà. Le temps de la conquête semble terminé.
C’est dans ce cadre que la Russie a formé une brigade spéciale de chasseurs de Daesh dont l’objectif est de tenir le terrain nouvellement conquis afin de ne plus se trouver dans une situation de replis à grande échelle comme ce fut le cas lors de la dernière offensive de Daesh sur Palmyre.
Plus un pas en arrière telle est dorénavant la stratégie de Damas et de Moscou.

DEIR EZZOR

Comme nous vous l’indiquions dans nos précédents compte-rendus, l’importance de la ville de Deir Ezzor pour « l’État islamique » se confirme. Depuis des semaines, nous assistons à une offensive continue des terroristes sur la ville assiégée.
Et il faut reconnaître que pour le moment, ils ont réussi la première phase de leur offensive ; à savoir couper en deux les zones sous contrôle gouvernemental. En effet, l’aéroport est depuis maintenant deux bons mois coupé du reste de la ville sous contrôle gouvernemental.
L’aviation syrienne et russe ont tout de même réussi à compliquer la tâche des terroristes et ceux-ci mènent avec difficulté la deuxième phase de leur offensive qui est la prise de l’aéroport. Ce dernier a été ravitaillé ces derniers jours en vivres et munitions via un largage aérien.
Les combats se concentrent sur le cimetière dont le contrôle est vital pour rétablir ensuite le lien entre les deux poches gouvernementales.
Avec l’avancée des kurdes des YPG autour de Raqua, la perte de la ville d’Al-Bab dans le nord d’Alep et les combats sanglants à Mossoul en Irak, la ville de Deir Ezzor est d’une importance capitale pour « l’État islamique ».
Deir Ezzor est donc en danger plus que jamais !

HAMA

Dans la province nord de Hama, après des semaines d’affrontements entre les différents groupes terroristes, nous avons une situation d’épuration en cours. Les groupes liés à l’État islamique ont exfiltré leurs combattants vers Raqua. On parle de plus de 2.000 hommes. Une bonne nouvelle pour Daesh qui a bien besoin de ces renforts pour les envoyer sur trois directions : le front kurde (autour de Raqua), le front d’Alep (pour tenir tête à l’Armée arabe syrienne) ou bien vers Deir Ezzor et Palmyre.

DAMAS

LA situation dans la Goutha-Est est assez stable depuis le dernier cessez-le-feu. Pas que les combats sont inexistants mais il n’y a pas de part et d’autre la volonté de s’affronter durement.
Par contre dans la banlieue nord-est de Damas, dans le quartier de Qaboun, l’Armée arabe syrienne a repris l’offensive. Après avoir isolé cette immense zone urbaine et agricole du reste de la Goutha-Est, les forces armées syriennes ont repris le contrôle de toute la zone agricole et se trouve dorénavant aux portes des zones urbaines.
Ce quartier est stratégique car c’est par lui que passait le trafic d’arme en provenance du Liban. La route coupée, la Goutha-Est se trouve asséchée.

DARAA

Dans le Sud de la Syrie, à la frontière avec la Jordanie, la ville Daraa et sa région refait parler d’elle après de mois de statu quo. Les groupes islamistes ont lancé une offensive ces dernières semaines. Ils ont réussi à prendre possession de quelques pâtés de maison. Mais le ratio des pertes pour quelques centaines de mètres carré est désastreux pour eux. Et l’aviation syrienne comme les missiles balistiques russes leur ont infligé des coups très durs.
Dans le même temps, nous assistons à une nouvelle offensive de Daesh depuis sa petite poche coincée entre le Golan occupée par l’ennemi israélien et la Jordanie pro-occidentale. On se demande comment ils peuvent se fournir en armes et munitions ? Nous en avons bien une petite idée ! Les djihadistes de Daesh ont donc taillé des croupières à leurs concurrents islamistes. Et la dernière contre-offensive de ces derniers sur Daesh s’est soldée par un échec sanglant et cinglant.
Il y aurait ici aussi beaucoup à dire sur ce renouveau d’activité opportun de Daesh dans la région frontalière et des intérêts des Etats voisins et autres en cela.

Voilà donc notre dernier tour d’horizon de la situation de la guerre anti-terroriste en Syrie et de ses implications géopolitiques dont les développements quotidiens déjouent tous les pronostics des « analystes » de nos « grands media. »

Fabrice BEAUR

NOTES :

(*) QUESTION A TOUS NOS LECTEURS
Jusqu’à présent, nous vous livrons le point de la situation de la guerre contre le terrorisme en Syrie via des compte-rendus en version écrite.
Seriez-vous intéressés par un compte-rendu de la situation en Syrie en version audio ?
Selon le nombre de réponses ici et en messages privés, nous déciderons de produire cela ou pas.

(1) S’entendre avec Ankara sur le dossier syrien pour en débloquer d’autres telle est une des explications de la position russe actuelle. Car, les relations russo-turques dans le domaine économique sont importantes : centrale nucléaire, armement (on parle de S-300 que la Turquie achèterait à Moscou), construction, fruits et légumes, tourisme. Ces préoccupations sont légitimes mais selon moi ne sont qu’hypocrisie de la part d’Ankara assurément et d’un mauvais calcul ou bien d’un calcul audacieux que j’analyse comme un exemple du grand écart que certains à Moscou pensent pouvoir gérer. Bien naïf que de croire pouvoir maîtriser Ankara, même si cela doit certainement être tenté afin de ne pas laisser seules aux manettes des décisions majeures Erdogan via la réactivation des intérêts d’une certaine bourgeoisie soutien jusqu’à présent de l’AKP islamiste au pouvoir en Turquie.

(2) C’est d’ailleurs dans ce cadre que le Premier-ministre turc Binali Yıldırım vient de déclarer que si le gouvernement syrien prenait le contrôle de Manbij, cela ne pourrait pas être un développement négatif. Une reconnaissance de la situation sur le terrain ou tentative de diviser la nouvelle alliance conjoncturelle entre le gouvernement et les YPG pour ensuite essayer de tirer les marrons du feu de la discorde et prendre Manbij « par défaut » ? La fourberie néo-ottamane n’a pas de limite. Tout est possible !

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