#EODE-THINK TANK/ INTERVIEW DE LUC MICHEL PAR LE SITE ARABE ‘SITA INSTITUTE’ (I) : DJIHADISMES – TERRORISME – IMMIGRATION. QUAND L’AGENDA PROCHE-ORIENTAL S’IMPOSE EN EUROPE …

EODE-TT - LM interview SITA I (2018   02 25) FR

Partie I

de La grande interview du Géopoliticien Luc MICHEL

par Jan Vanzeebroeck et Samar Radwan (Beyrouth) …

SUR LE SITE ARABE ‘SITA INSTITUTE’ :

DJIHADISMES – TERRORISME – IMMIGRATION. QUAND L’AGENDA PROCHE-ORIENTAL S’IMPOSE EN EUROPE …

(version française)

Le Géopoliticien Luc MICHEL répond aux questions du Site arabe SITA INSTITUTE (Liban) (*) :

* SITA/ Question :

APRÈS LE PROCES DE SALAH ABDEL SALAM, COMMENT LA BELGIQUE ENVISAGE-T-ELLE LA QUESTION DES «CELLULES TERRORISTES EN SOMMEIL» ?

Luc MICHEL :

Le procès de Salam Abdeslam est un coup pour rien, un procès où l’on a surtout soulevé des arguties judiciaires ; mais c’est aussi comme je l’appelle une « grand messe médiatique » qui est là pour amuser le public, pour  créer le mythe de ce « terrorisme incontrôlé » et en même temps pour faire croire que les Etats ouest-européens ou les Etats de l’OTAN le combattent.

Le procès n’a pas donné grand chose, puisque le principal inculpé à choisi de se taire, c’est son droit. Le plus intéressant a été la passe d’armes avec l’avocat de la défense, Me Sven Mary, qui a soulevé effectivement en droit belge des irrégularités pouvant conduire à l’annulation. Il y aura sûrement un grand combat en Cour d’appel et puis surtout en Cour de cassation. Et il y a eu surtout une passe d’armes entre l’avocat et le secrétaire d’Etat à l’intérieur et à l’immigration, qui a reproché à cet avocat de faire son travail en défendant son client.

Plus intéressant était il y a deux ans le procès d’un des grand pourvoyeur des filières djihadistes de l’Union Européenne vers la Syrie et l’Irak, celui de Denis Lejeune dit « le soumi ». Le procès avait été intéressant parce que là les avocats de la défenses avaient soulevé un certain nombre de points importants sur les zones d’ombre de ces dossiers de terrorisme, notamment l’absence parmi les accusés d’agents infiltrés de la Sûreté de l’Etat qui belge, qui portaient une lourde responsabilité dans l’envoi des djihadistes vers le Levant. Il y avait notamment un agent infiltré de la Sûreté de l’Etat, qui n’a pas été cité, qui était couvert, et qui accompagnait à l’aéroport de Zaventem  les djihadistes vers la Turquie . L’avocat de la défense avait révélé à ce moment là que cet agent infiltré était aussi la dernière personne qui avait rencontré Mohammed Merah la veille des incidents qui ont conduit à son exécution.

* SITA/ Question :

La QUESTION DU TERRORISME ISLAMISTE EST-ELLE UNE THEMATIQUE RECENTE DANS L’UNION EUROPEENNE ?

Luc MICHEL :

Au milieu  de tout ça il y a évidement la différence fondamentale  qu’il faut faire entre  la guerre américano-occidentale « au terrorisme » et la guerre « contre le terrorisme ». La guerre au terrorisme, elle, a été lancée à l’époque par Bush II, c’est un grand théâtre, une comédie, le but ce n’est pas d’annihiler les terroristes, c’est de les utiliser au service de la grande géopolitique américaine. Le terrorisme est aujourd’hui, voir les cas de la Syrie ou de l’Irak, mais aussi et surtout de l’Afrique, un prétexte à l’ingérence occidentale, à l’ingérence des armées occidentales, à la neutralisation  des armée africaines.

Il a derrière tout ça évidemment, en Europe en tout cas, la question de ce qu’on a appelé « les djihadistes venus de l’Union Européenne ». Elle a été soulevée en Syrie en 2013 et 2014. C’est un problème que je connais bien puisque j’ai organisé en juin 2013 la première mission parlementaire venu de l’Union Européenne depuis le début de la Guerre en Syrie, il s’agissait de parlementaires flamands, des parlements régionaux et fédéraux de Belgique. Et nous sommes allés à Damas, voir la question qui commençait à se soulever de ces « djihadistes venus de l’Union Européenne ». On venait d’en arrêter beaucoup lors de la grande bataille de Quseir à la frontière du Liban. On avait aussi à l’époque, on n’en a plus parlé depuis mais c’était un problème bien réel, arrêté des officiers de l’OTAN, notamment belges et néerlandais à Quseir. La presse libanaise en a parlé. Puis plus personne ne sait ce qu’ils sont devenus … En 2013 nous avions donc rencontré les services anti-terroristes syriens et nous avons pu nous entretenir les yeux dans les yeux avec des djihadistes venus  de l’Union Européenne précisément, notamment d’Espagne, de France, mais aussi du Caucase russe et d’Ouzbékistan. Lorsque nous sommes revenus en Belgique, nos parlementaires ont notamment donné de grande émissions  de télévision, dans les  télévisons flamandes et néerlandaises. Ils ont dénoncé ce que nous annoncions, ce que j’annonçais déjà en Juin 2013, c’est-à-dire cette menace de djihadistes venus de l’Union Européenne, pour qui le problème n’était pas qu’ils étaient  partis  en Syrie ou en Irak pour se battre, mais qu’ils allaient revenir à Bruxelles, à Paris, à Londres ou à Berlin.

Nous avons prêché dans un silence assourdissant et bien entendu rien n’a été fait, à l’époque les services  secrets de l’OTAN d’ailleurs collaboraient toujours avec les services secret turcs, américains, qataris et saoudiens, pour précisément l’envois de ces djihadistes en Syrie. J’avais personnellement lors d’une Conférence organisée au Parlement syrien soulevé cette question et j’avais posé la question, j’avais dis que « tout était prêt pour le retour de ces gens et qu’une catastrophe se préparait, que ce n’était pas une question de savoir si elle allait avoir lieu, mais quand elle aurait lieu » … Rien n’a été fait !

Nous sommes retournés une troisième fois en Novembre 2014 à Damas pour la grande Conférence organisé par le Ministère de la justice syrien sur le thème  « du terrorisme et de l’extrémisme religieux », ce que les syrien et les iraniens appel le « takfirisme » et que nous appelons d’un terme, qui parfois choque les musulmans mais qui est parlant en Europe , celui de « djihadismes » , terme qui est ici assimilé à ce terrorisme takfiriste. En Novembre 2014, nous sommes à nouveau intervenus, j’ai notamment soulevé à la tribune de cette conférence la question d’un « futur 11 septembre européen » ! C’est ce qui est arrivé beaucoup plus tard en 2015 avec l’affaire Charlie hebdo, les différentes attentats qui ont ensanglanté la Belgique, la France, la Grande-Bretagne puis l’Allemagne. Là aussi nous n’avons pas été écoutés !

Nous avons pu à cette occasion rencontrer les gens du Parquet anti-terroriste de Damas, et c’est quelques chose de totalement dissimulé en Europe, mais l’Etat syrien, c’est un Etat de droit et c’est un Etat extrêmement puissant et structuré. Ce ne sont pas « des milices qui combattent d’autres milices », il y a un Parquet anti-terroriste qui combat le terrorisme sur base des lois anti-terroristes de l’Etat syrien, et dans des procès extrêmement réguliers. Nous avons pu notamment rencontrer une jeune femme exceptionnelle, la jeune procureur, qui semble sortir tout droit d’une série télévisée américaine, qui dirige ce parquet, et nous avons pu assisté à des audiences où l’on jugeait des complices de terroristes …

* SITA/ Question :

VOUS VENEZ DE FIXER LE CADRE GENERAL, MAIS REVENONS AUX « CELLULES DORMANTES » ?

Luc MICHEL :

Au milieu de tout ça, y a -t-il des cellules dormantes en Europe ?

Bien entendu oui ! Toutes les affaires qui éclatent voient de nouvelles cellules découvertes, voient que tout le travail subtil mené par les services secret et les services de sûreté européens ne conduit pas à grand chose. Quand il ne dévoile pas d’ailleurs que des complicités existent, qu’il y a des tentatives des agents infiltrés, qu’il y a des tentatives de contrôles. Les européens ont cru qu’ils pouvaient maîtriser le phénomène djihadiste, ils se sont cru plus intelligents que tout le monde, çà n’a pas été le cas !

Il faut dans le cas de Daech, lire le livre de Samuel Laurent,  qui s’appelle « L’Etat islamique », pour comprendre que c’était un Etat de facto extrêmement structuré, avec son armée, ses conseillers militaires, ses services d’éducation, ses collecteurs de taxes. Mais surtout insiste l’auteu , ses services secrets extrêmement bien structurés, qui a plusieurs reprises d’ailleurs ont même infiltrés les services secrets européens. Lorsqu’il y a eu l’affaire en janvier 2015 à Paris des attaques du Bataclan, ensuite l’hyperkasher  – et là aussi la presse n’a sorti qu’un article puis on n’en a plus entendu parlé -, on a découvert que l’un des djihadistes vivait avec une adjudant-chef de la Gendarmerie française, qui travaillait précisément au Centre d’écoutes des services secrets français près de Versailles. A l’époque, il y a eu un article dans certains journaux français, une dépêche de l’AFP, seule  la presse algérienne  a repri à l’époque les articles et les analyses que j’avais consacrés à ce sujet …

Dernier sujet lorsqu’on parle des cellules dormantes, je l’ai également soulevé lors de ma troisième visite en Novembre 2014 en Syrie, c’est la question des femmes et des jeunes filles parties faire ce qu’on appelle en Europe le « djihad par le mariage » ou le « djihad par le sexe ». Ou tout simplement celles qui sont parties rejoindre leurs compagnons ou leur maris. C’est une grande question actuellement, puisque leurs familles ont le culot aujourd’hui de demander à ce que les Etats belges et français aident à leurs rapatriement, alors qu’elle ont été là-bas aider à commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Et qu’elles doivent en toute justice êtres condamnées en Syrie par les tribunaux de l’Etat syrien, suivant les lois syriennes. C’est un peu une solution trop facile de les rapatrier. J’avais soulevé cette question des femmes parce  qu’elles sont peu intervenues dans le terrorisme europén, mais qu’on a l’exemple du terrorisme wahhabite ou du djihadisme dans le Caucase russe. Et là-bas ce sont toutes ces femmes, notamment dans les récents attentats de Moscou ou encore de Volgograd (en 2015)  et bien, qui ont commis ces attentats. Ce sont souvent des femmes de types européen, islamisées. que rien ne permet de reconnaître dans une foule lorsqu’elles sont habillées à l’européenne. Elles sont un danger extrêmement puissant pour tous les Etats européens, ce sera à mon sens la prochaine étape de ce cancer djihadiste terroriste qui ronge l’Union Européenne.

* SITA/ Question :

VOUS EVOQUEZ SOUVENT « LE SCENARIO DU DIABLE ». DE QUOI S’AGIT-IL ?

Luc MICHEL :

Cette Union Européenne, qui avec les américains et les pays de l’OTAN, a tenté ce que j’ai appelé « le scénario du diable », c’est-à-dire qu’ils ont crus qu’ils pouvaient instrumentaliser le terrorisme djihadiste pour servir leurs intérêts géopolitiques. Mais comme dit le vieux proverbe français « pour dîner avec le diable, il faut prendre une longue cuillère sans quoi on se brûle les doigts », aujourd’hui les puissances européennes, les services secret européens, se sont brûlés non pas les doigts mais les bras et jusqu’au coude !

Mise en forme écrite de l’Interview audio du Géopoliticien Luc MICHEL (Administrateur-général d’EODE) accordée à Bruxelles ce 22 février 2018.

A SUIVRE …

(Interview par Jan VANZEEBROECK, Expert EODE et correspondant de SITA INSTITUTE, et Samar Radwan, Beyrouth)

(*) Le centre SITA INSTITUTE est un site spécialisé dans l’étude, le suivi et le diagnostic de situations politiques, internationales, stratégiques et géopolitiques, où il cherche toujours à impliquer des personnes spécialisées dans ces domaines pour l’écriture, l’analyse et/ou l’explication. Informer l’utilisateur sur les questions importantes et les publier clairement et profondément afin d’en apprendre davantage sur ces événements et leurs implications sur l’humain et la communauté. En outre, le Centre est considéré comme un lieu scientifique ouvert pour l’écriture et l’encouragement de tous les écrivains et spécialistes à la recherche d’un site pour publier leurs idées et analyses, à condition qu’il soient compatibles avec les termes et conditions d’utilisation du site.

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